Six ans après les faits, la justice va examiner la responsabilité pénale de l’ancien préfet de police de Paris Didier Lallement, en tant que responsable du maintien de l’ordre, dans la mutilation d’un Gilet jaune qui a perdu un œil à cause d’un tir de la police lors d’une manifestation.
Manuel Coisne avait été éborgné le 16 novembre 2019 par un tir de grenade lacrymogène place d’Italie à Paris. Cinq ans plus tard, fin 2024, un juge d’instruction avait ordonné le renvoi devant la cour criminelle départementale de Fabrice T., le policier suspecté d’être l’auteur d’un « tir tendu ».
Jeudi, la cour d’appel de Paris a renvoyé le dossier au juge d’instruction, lui demandant d’examiner également la responsabilité du préfet de police de Paris de l’époque, chargé d’assurer la sécurité et l’ordre dans la capitale, selon une décision consultée par l’AFP.
Une victoire pour ce Gilet jauneL’avocat de M. Coisne, Me Arié Alimi, avait en effet également porté plainte contre Didier Lallement, en poste de 2019 à 2022. La justice avait décidé de joindre cette plainte à la procédure. Mais l’enquête ne s’est pas penchée « sur les faits reprochés par la plainte avec constitution de partie civile à Didier Lallement, en sa qualité de préfet de police de Paris », déplore la cour d’appel.
Cette décision est une victoire pour Manuel Coisne et sa famille, six ans après la perte de son œil lors de ce rassemblement de plusieurs centaines de personnes pour fêter le premier anniversaire de la mobilisation des Gilets jaunes.
Une première« Dès le début de la procédure pénale, nous avions demandé à la juridiction d’instruction d’apprécier la responsabilité pénale du préfet Lallement, qui était à l’origine de la nasse illégale et du trouble à l’ordre public dans l’organisation du maintien de l’ordre », a-t-il rappelé dans un communiqué transmis à l’AFP. « C’est à cette occasion que cette nasse illégale doublée de l’usage illégitime de la force a causé la perte de mon œil ».
« La poursuite (de l’ancien) préfet de police de Paris devant une cour criminelle devra ainsi être envisagée », poursuit-il. « Nous sommes très heureux d’annoncer cette décision qui pourra conduire à la responsabilité pénale de tous les préfets dans le maintien de l’ordre à l’avenir ».
« C’est à ma connaissance la première fois qu’un préfet de police, et pas n’importe lequel, celui à l’origine de la brutalisation du maintien de l’ordre, pourrait être mis en examen et jugé pour les ordres donnés. Tous les préfets devront s’interroger sur les ordres qu’ils donneront à l’avenir », a complété son avocat Me Arié Alimi.
Didier Lallement très critiquéDans le détail, M. Lallement est visé en tant que « donneur d’ordre » dans la mise en place d’une « nasse » policière sur la place d’Italie, « accompagné d’un usage non maîtrisé et dangereux des armes à l’encontre des manifestants » - une technique qui n’était pas prévue par les textes à l’époque.
La plainte de M. Coisne lui reprochait des « violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique suivie de mutilation ou d’infirmité permanente », mais aussi une « atteinte à la liberté individuelle », car la nasse policière avait entravé sa liberté de circulation.
Didier Lallement, 69 ans, a été très critiqué pendant ses trois ans et demi à la préfecture de police (PP) pour sa gestion jugée brutale des manifestations.
Une autre de Priscillia Ludosky et Faouzi LelloucheUne autre information judiciaire vise déjà ses pratiques, et la mise en place de la nasse policière lors de la manifestation du 16 novembre 2019, suite à une plainte déposée par deux figures des Gilets jaunes, Priscillia Ludosky et Faouzi Lellouche.
« L’instruction n’a pas du tout évolué depuis un an et demi », déplore l’avocat de ces derniers, Me Guillaume Martine. A cet égard, la décision obtenue par M. Coisne est « très importante et pourrait aider à faire bouger les choses ».
La technique de la nasse, qui consiste à encercler les manifestants et les retenir dans un périmètre donné, a été remise en cause par plusieurs autorités françaises, dont le Défenseur des droits.
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