« Un scandale sanitaire de très haute volée » : une étude lancée sur des prothèses de hernie douloureuses

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« Comment allez-vous ? » Arnaud Denis reste silencieux pendant deux secondes, puis il lâche d’une voix sourde : « Pas bien… ». Le comédien, décoré aux Molières, vit un « calvaire » depuis qu’une prothèse lui a été implantée dans le bas-ventre pour soigner une hernie. Il retrouve un peu d’espoir et de force pour se battre en cette fin d’année 2025, aux côtés d’autres victimes rencontrées sur les réseaux sociaux. De nombreuses procédures sont enclenchées ou pourraient bientôt l’être, sur le plan médical, réglementaire et judiciaire.

Près de 200 000 patients en France sont implantés chaque année pour traiter une hernie, autrement dit quand un morceau d’intestin s’enfonce au niveau d’un trou et vient cogner contre la peau. Les études suggèrent qu’environ 10 % d’entre eux pourraient souffrir de douleurs, plus ou moins pénibles, plusieurs mois après l’opération.

En février denier, l’agence du médicament (ANSM) a annoncé une surveillance renforcée de ce type de prothèses après avoir été alertée sur des « douleurs persistantes pouvant altérer la qualité de vie » chez certaines personnes opérées. Elle a reçu une trentaine de signalements d’effets indésirables en 2024, puis 75 durant les cinq premiers mois de l’année 2025.

« Une hausse significative a été observée entre mars et juin, probablement liée à notre communication de février incitant à la déclaration », avance l’agence. Mais cela reste très sous-représentatif, car beaucoup de gens ne pensent pas à signaler des problèmes. Le 11 juin, l’ANSM a fini par convoquer des représentants des patients et des médecins.

Des « centaines » de victimes ?

Plusieurs décisions ont été prises dans la foulée, d’après un compte rendu de cette réunion que nous nous sommes procuré. Une étude épidémiologique a été lancée, menée par le groupement scientifique Epi-Phare. Elle vise très large car elle englobera tous les patients et toutes les prothèses, mais sans pouvoir distinguer les marques. Le but est d’avoir des chiffres précis sur les complications, jusqu’à 10 ans après l’opération.

Une campagne d’inspections auprès des fabricants et des distributeurs est lancée en parallèle, sachant qu’une vingtaine de groupes (Medtronic, B. Braun, Invamed, etc.) se partagent le marché. Un bilan détaillé des déclarations reçues sera bientôt rendu public, et régulièrement actualisé. Toutes ces mesures doivent aboutir « dans le courant du premier semestre ou début du second semestre 2026 », nous indique l’ANSM.

La justice pourrait aussi avoir à se prononcer. Plusieurs dizaines de victimes, en France et dans d’autres pays, pourraient se lancer dans des actions de groupe. « La première sera contre les laboratoires pour leur demander réparation des préjudices, la deuxième contre l’État et les agences sanitaires qui ont failli dans la surveillance, et la troisième contre les médecins qui ont failli dans l’information sur les risques d’effets indésirables auprès des patients », nous décrit leur avocat, Pierre Debuisson.

« Ne pas entretenir un vent de panique »

Arnaud Denis assure, comme d’autres patients, que son chirurgien ne lui « a pas listé une seule des complications possibles ». « Pourquoi les notices pour un implant permanent partent à la poubelle, si celles des médicaments sont accessibles en pharmacie ? », interroge-t-il. Me Debuisson évoque un « scandale sanitaire de très haute volée » et dit être sollicité, chaque jour, par de nouvelles victimes potentielles : « Dans quelques semaines, elles pourraient être des centaines. »

Chirurgiens et fabricants de prothèses vantent, de leur côté, une opération le plus souvent sans risque et efficace pour soigner une hernie. « Il ne faut pas entretenir un vent de panique sur une chirurgie parfaitement fiable dans la très grande majorité des cas », nous indiquait en avril dernier le Dr Jean-Pierre Cossa, chirurgien digestif à l’Institut de la hernie (Paris). L’intérêt de ces implants, souvent en polypropylène ou en polyester, « est démontré par de très nombreuses études bien menées sur d’importantes populations », argue pour sa part la Société Française de Chirurgie Pariétale, Club Hernie (SFCP-CH).

Dans une réponse adressée à Arnaud Denis, le groupe Medtronic reconnaît que « le risque de douleurs chroniques et aiguës postopératoires est identifié comme un effet indésirable connu de la chirurgie herniaire ». Mais le fabricant assure que le modèle utilisé pour le comédien était « conforme » à la réglementation.

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