Municipales à Paris : Rachida Dati relance son projet de grilles au Champ-de-Mars, une proposition controversée

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Une proposition qui fait son grand retour : fermer le Champ-de-Mars la nuit, l’une des mesures annoncées en début de semaine par Rachida Dati dans le cadre de sa campagne pour briguer l’Hôtel de Ville de Paris.

La candidate LR souhaite en effet installer des grilles autour du jardin au pied de la tour Eiffel, aujourd’hui entièrement ouvert. Une transformation qu’elle porte depuis de nombreuses années.

« Les agressions se sont multipliées » dans ce lieu emblématique de la capitale, justifie aujourd’hui l’actuelle maire du VIIe arrondissement, celui où se trouve le jardin de 24 hectares. « Ces grilles permettront aussi d’éviter le commerce illégal, le vol à la tire et les agressions de toutes sortes durant la journée », explique Rachida Dati, promettant également la création d’une « antenne de police dédiée dotée d’une brigade équestre » pour le Champ-de-Mars, comme pour les bois de Boulogne et de Vincennes (XVIe).

En 2022, la maire du VIIe arrondissement développait déjà cette proposition dans nos colonnes, arguant « des raisons de sécurité évidentes » et « des raisons écologiques ».

À l’origine, cette proposition figure dans un livre blanc rédigé en 2006 par l’Association des amis du Champ-de-Mars, qui regroupe des centaines de riverains. Ces derniers voyaient dans ces grilles un moyen simple de « faciliter la surveillance, d’améliorer la sécurité, de limiter les dégradations ». Une idée que Rachida Dati a ensuite reprise et portée au fil des années.

« Les touristes sont devenus des proies »

« Le niveau d’insécurité au Champ de Mars est d’une gravité extrême, dénonce Nelly Garnier, porte-parole de campagne de Rachida Dati. C’est devenu un lieu où le droit des femmes à circuler de jour comme de nuit est remis en cause. »

La conseillère de Paris explique que cette mesure serait efficace toute la journée. « De jour, le contrôle des accès permettra de lutter plus efficacement contre la vente à la sauvette, les pick-pockets et autres trafics. Et la nuit, les grilles empêcheront que des femmes soient mise en danger. Sur ce lieu, les touristes et passants sont devenus des proies. »

« Ce plan a aussi vocation à remettre ce jardin au même niveau d’exception patrimoniale que des parcs comme les Tuileries ou le Luxembourg, continue auprès du Parisien Nelly Garnier. Il faut reprendre cet espace en main, pour que les Parisiens puissent en profiter. »

« Ce n’est pas les Buttes-Chaumont »

Mais cette proposition fait grincer beaucoup de dents. Philippe Khayat, président de l’association SOS Paris, se montre catégorique : « Nous avons déjà mis en place une vilaine enceinte autour de la tour Eiffel. On ferait un compartiment pour la tour Eiffel et un compartiment pour le parc ? Non merci. »

« Ce n’est pas les Buttes-Chaumont ou le jardin du Luxembourg », embraye le président de la Société d’exploitation de la tour Eiffel (Sete) Jean-François Martins, qui rappelle que « 20 millions de personnes visitent les alentours de la tour chaque année ». « Toutes ces personnes, vous allez les comprimer ailleurs, sur le Trocadéro et les rues adjacentes. Surtout le soir, l’été. Beaucoup de gens viennent au parc », poursuit le conseiller de Paris « Paris en Commun », estimant qu’un tel projet « ne passerait pas une seconde la barre des architectes des Bâtiments de France ».

« Le parc pourrait être divisé en deux parties »

Au-delà de l’aspect patrimonial, Philippe Khayat soulève les complications pratiques d’un tel projet : « L’ajout de grilles poserait la question de la circulation en coupant la liaison entre le VIIe et le XVe arrondissements. » Il s’interroge : « Si l’artère centrale n’est pas fermée, le parc pourrait être divisé en deux parties, ce qui créerait encore plus de grilles. »

Pourtant, du côté de l’Association des amis du Champ-de-Mars, à l’origine même de cette proposition, la position a évolué. « Il est difficile de définir un consensus », reconnaît Gérard Der Agobian, président de l’association.

Pour ce dernier, la priorité est ailleurs : « Notre première demande est d’établir une entité dédiée, composée de gardiens, de policiers municipaux et de policiers nationaux, avec une présence constante sur le Champ de Mars. » Il réclame « une présence effective d’au moins 12 heures par jour pour assurer la sécurité, car s’il n’y a pas de personnel pour garantir la sécurité, le problème ne sera pas résolu ».

Un discours contesté par les chiffres de la police

Si la candidate LR insiste régulièrement sur une augmentation de l’insécurité au Champ-de-Mars, les statistiques officielles de la police nuancent ce constat. En 2024, un viol et sept agressions sexuelles ont été enregistrés dans le secteur, contre cinq viols et neuf agressions sexuelles en 2023. Si des faits divers graves ont effectivement marqué les esprits — viols de touristes étrangères en 2023 notamment —, une supposée fréquence quotidienne ne correspond pas à la réalité des données policières.

Plus largement, la délinquance visant les touristes a connu une baisse significative en 2024, avec notamment une diminution de 56 % des atteintes à l’intégrité physique et de 72 % des vols avec violence sur le secteur Champ-de-Mars et Trocadéro.

Sur ce point, Jean-François Martins reconnait qu’il y a « des sujets à traiter », mais maintient que l’installation de grilles ne résoudra rien. « Les 20 millions de personnes, elles continueront à venir ! Et la petite délinquance autour des monuments, c’est un phénomène qu’on retrouve dans absolument tous les pays. Là, vous allez concentrer les touristes et donc concentrer les arnaques. C’est la police qui arrête les délinquants, pas des grilles. »

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