« Attention, je déclenche ma caméra. A partir de maintenant, vous êtes filmés ! » Voilà le message d’avertissement auxquels les usagers des transports qui se font contrôler vont peut-être avoir droit désormais. Du moins s’ils se montrent trop récalcitrants, voire menaçants, envers les agents qui vérifient leur titre de transport.
Le décret d’application autorisant les contrôleurs à porter des caméras-piétons et à les utiliser en intervention « à des fins de prévention et de dissuasion » a en effet été publié au journal officiel ce jeudi 18 décembre. Et ces « nouveaux » outils de sécurité - dont sont déjà dotés les agents des services de sûreté de la SNCF et de la RATP - vont pouvoir être utilisés par les contrôleurs, dès ce vendredi.
« Plus de 11 000 agents de contrôle sont concernés sur l’ensemble du territoire », a précisé le ministère des Transports, ce jeudi matin, à l’issue du déplacement du ministre Philippe Tabarot à la gare de Lyon, où il a assisté à la mise en place du dispositif en compagnie du nouveau président de la SNCF, Jean Castex.
Les caméras utilisées dès ce vendredi dans le métroCe lancement était très attendu. L’utilisation des caméras-piétons par les contrôleurs figurait en effet parmi l’arsenal de nouvelles mesures inscrites dans la loi sur le renforcement de la sécurité dans les transports, portée par Philippe Tabarot, alors sénateur, qui devait initialement être examinée par le Parlement avant les JO de 2024… mais qui n’a été promulguée qu’en avril 2025.
L’utilisation des caméras-piétons restait cependant inapplicable, plus de six mois après, faute d’avoir obtenu le feu vert de la commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil). C’est désormais chose faite et plus rien ne s’oppose aux contrôles « filmés ».
La SNCF, qui compte équiper ses contrôleurs « dans les meilleurs délais », n’a pas encore indiqué à quel rythme ce nouvel outil de sécurité sera déployé sur l’ensemble des lignes, à commencer par celles de l’Ile-de-France qui concentrent à elles seules 70 % du trafic national. Côté RATP, on souligne en revanche que les contrôles filmés par caméra-piéton débuteront dès ce vendredi. « On avait anticipé. Tout était prêt. Il n’y avait plus qu’à appuyer sur le bouton », précise la Régie, en rappelant que les 1000 agents de contrôle concernés étaient très demandeurs.
Les images gardées 30 joursMarie, qui contrôle les fraudeurs sur le réseau RATP, le confirme volontiers : « Une caméra, ça peut apaiser le climat lors des opérations. » Les contrôleurs l’ont expérimenté lorsque le dispositif a été testé sur plusieurs mois avant et pendant les JO. « Nous la déclenchons dès qu’une personne se montre agressive ou menaçante et porte la main sur nous », explique cette salariée de la RATP.
Les agents ont le devoir de prévenir l’usager lorsqu’ils déclenchent leur caméra dont les images peuvent être conservées 30 jours avant destruction. « Instantanément, le ton baisse. Quand les gens se savent filmés, ils se calment, raconte encore Marie. Et en cas de dépôt de plainte, la bande-vidéo peut être réquisitionnée. Ça nous couvre. »
Même satisfaction du côté de la région Ile-de-France et d’Ile-de-France Mobilités, l’autorité organisatrice des transports régionaux, qui rappelle que le renforcement de l’utilisation des caméras pour améliorer la sécurité fait partie des mesures réclamées depuis longtemps au ministère des Transports. « Mais il faut vite aller plus loin et autoriser l’utilisation de la vidéo algorithmique dans les transports du quotidien », insiste l’entourage de Valérie Pécresse, présidente (Libre) de la région et d’IDFM.
« La vidéo évitera sans doute les dérapages »Côté usagers, l’extension de l’utilisation des caméras-piétons semble aussi avoir été plutôt bien accueillie. « Les fraudeurs pris en flag sont souvent méprisants et se montrent parfois agressifs alors qu’ils sont dans leur tort. La vidéo évitera sans doute les dérapages », observe ainsi Marc, un habitant de Rueil-Malmaison rencontré sur le réseau.
Norah, jeune habitante de Neuilly-sur-Marne, est d’un avis plus nuancé. « C’est bien de filmer en cas de problème, mais il faudrait aussi penser à filmer en cas d’abus de la part des contrôleurs. La dernière fois, j’ai vu une mère avec ses deux enfants se faire verbaliser alors qu’elle était visiblement de bonne foi. Et les agents ne voulaient rien entendre », ronchonne l’usagère, en s’inquiétant d’une surveillance « à sens unique ».
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