Léonie du Carrefour de Laval « virée et condamnée » : ce qui se cache derrière cette vidéo virale sur TikTok

7 min

Serait-ce la fin pour Léonie ? À en croire une vidéo TikTok cumulant cinq millions de vues, la jeune caissière, devenue hyper populaire en ligne pour s’être filmée dansant dans les allées d’un supermarché Carrefour à Laval (Mayenne), aurait été « virée » et « condamnée à cinq ans de prison dont deux ans d’interdiction de danser », ses contenus ayant supposément créé la polémique.

Pire encore, une autre vidéo, vue plus de 2,6 millions de fois ce jeudi, assure que son cas aurait inspiré le ministère du Travail, « qui envisagerait une nouvelle loi interdisant aux employés d’interdire d’utiliser leur téléphone personnel sur leur lieu de travail ».

Problème : ces informations sont absolument fausses, confirme Carrefour auprès du Parisien. Loin de toute polémique, l’enseigne se dit même « très fière » des « initiatives locales des magasins Carrefour sur TikTok », dont celle de Léonie et ses collègues. « C’est une manière positive de parler à nos clients, notamment les plus jeunes », appuie la marque auprès du Parisien, qui rappelle que les employés « sont libres de décider le type de contenus qu’ils souhaitent créer ».

Sur TikTok, en revanche, certains commentateurs prennent la fake news au sérieux. « Cinq ans ferme c’est une blague ! », s’insurge un compte. « Le Carrefour de Laval va perdre des milliers de clients », juge un autre.

Un business autour des fake news

Le cas de ces vidéos virales sur Léonie illustre un business florissant sur les réseaux sociaux : celui des fausses informations montées en épingle pour gagner en audience, et gagner de l’argent. C’est le but assumé du gérant du compte « askyp.france », à l’origine de ces contenus et interrogé par Le Parisien.

Le jeune homme, étudiant en web et développement mobile, et qui a souhaité garder l’anonymat, dit créer des vidéos majoritairement « parodiques ». Sans y voir quoi que ce soit de problématique. « Contrairement à ce que beaucoup pensent, Askyp n’est pas un média », défend ce Béninois d’origine, âgé de 20 ans, qui monte et écrit lui-même ses vidéos depuis deux ans — et se sert de l’intelligence artificielle pour composer les voix détaillant ses « informations ».

L’« objectif principal » d’« Askyp », ça reste « la création de contenu », sur « les tendances, les actualités, les dramas, les influenceuses, les stars françaises, un peu de politique, ainsi que des sujets scolaires », développe l’internaute. « Les jeunes étant beaucoup plus réactifs sur les réseaux sociaux que les adultes, ce type de contenu fonctionne particulièrement bien. »

Jusqu’à 1 000 euros de gains mensuels

Si « askyp.france » privilégie les « parodies », c’est parce que ces contenus « sont plus viraux », explique encore l’étudiant. Un choix rémunérateur. Grâce à ce business, « askyp.france » gagne entre 200 et 1 000 euros mensuels via le programme de créateurs de contenus sur TikTok, un revenu qui lui permet de vivre et qui devrait financer ses futures études en France.

Les fausses informations sur la jeune Léonie ne sont pas les seules diffusées par le compte « askyp.france ». On y découvre aussi une vidéo alertant sur une « tempête » causant la fermeture des écoles jusqu’au 25 décembre, que Giulia Sarkozy aurait menacé Emmanuel Macron pour faire sortir son père Nicolas Sarkozy de prison, ou qu’un couvre-feu nocturne a été mis en place dans toute la France le soir d’Halloween. Des contenus tous faux, mais qui génèrent parfois plusieurs centaines, voire plusieurs millions de vues.

Toutes ces fake news concernent l’actualité française, et ce n’est pas par hasard, confie « Askyp », lui-même béninois et basé en Algérie. En déclarant son compte en France, il devient en effet éligible au programme de récompenses pour les créateurs de TikTok, un dispositif qui rémunère les tiktokeurs les plus productifs de la plate-forme — et qui n’est disponible que dans une poignée de pays.

Ces contenus douteux rappellent aussi ceux signalés par le président Emmanuel Macron, qui avait été alerté au sujet d’un prétendu coup d’État en France par un homologue africain… Un président qui s’était lui-même fait avoir par une vidéo mensongère générée par une intelligence artificielle et circulant sur Facebook.

Des vidéos en principe interdites

« Quand on a des contenus manifestement faux qui mettent en danger la sécurité publique par des fausses informations qui déstabilisent, il faut pouvoir les faire retirer », s’est agacé le président de la République, qui avait appelé au retrait du contenu douteux. En vain. L’auteur de la vidéo, lui, a avoué auprès du Monde avoir créé ces contenus pour attirer l’attention, et faire la publicité de ses formations à l’IA.

En principe, la plate-forme TikTok interdit « la désinformation liée à la santé, aux élections et au changement climatique, entre autres sujets ». « La désinformation intentionnelle », ainsi que les « fausses informations » qui ne visent pas « nécessairement à tromper les gens », doivent toutes être supprimées.

Mais les vidéos d’« askyp.france », elles, restaient bel et bien en ligne ce jeudi. Et son auteur estime être parfaitement dans les règles. « Malgré certains commentaires ou incompréhensions, mon compte est strictement parodique, transparent et conforme aux règles. Tout est clairement indiqué dans ma bio », insiste-t-il auprès du Parisien. Pourtant, aucune mention du mot « parodie » n’est pour l’instant visible sur la page « askyp.france », en biographie ou en légende de ses nombreuses vidéos.

No comments yet.

Back to feed