Le seul saumon d’élevage français grandit à Chartres... dans un hangar  !

4 min

Un saumon aux racines beauceronnes. C’est l’idée d’AMP (Aquaponic Management Project) avec la SCAEL à Chartres (Eure-et-Loir). Avec des voisins prestigieux comme des usines Dior et Guerlain, de jeunes saumons et truites s’épanouissent dans un hangar en plein cœur du jardin d’entreprise. « C’est assez amusant de ce dire qu’on est dans un bâtiment de bureau, on ne peut pas faire plus urbain et pourtant ça ne cause aucune nuisance et personne ne soupçonne ce qu’il y a à l’intérieur », s’amuse Pascal Goumain, le PDG d’Aquaponic Management Project.

Les jeunes saumons passent environ quinze mois dans ces bassins contrôlés avant de rejoindre la mer, à Cherbourg. Depuis 2019, Olis filière d’AMP développe en Beauce des systèmes de production hors-sol en aquaponie. « Tout est monitoré. Vous retrouvez des conditions d’élevage optimales, qui confèrent à la performance biotechnique des poissons. Les températures sont à 12-13°. les débits d’oxygène, de courant sont paramétrés. Les croissances sont meilleures qu’en milieu naturel. »

« On devrait être un grand pays d’aquaculture »

Le taux de survie en mer dans l’élevage de Cherbourg-Octeville, encore de 50 % il y a deux ans, est ainsi passé à 9 % cette année car les poissons sont déplacés en été dans des bassins tempérés pour éviter l’eau chaude. La France a accumulé un retard non négligeable sur ses voisins européens alors qu’elle est le quatrième consommateur mondial de saumon et le premier au niveau européen. « C’est un enjeu majeur. On importe 85 % des produits de la mer qu’on consomme. C’est aberrant. On devrait être un grand pays d’aquaculture, on est minable. Il y a une réglementation. En France les Installations Classées pour la Protection de l’Environnement (ICPE) en matière de pisciculture marine sont limitées à 20 tonnes alors que partout en Europe c’est entre 200 et 300 tonnes », tance Pascal Goumain qui rêve de nouvelles avancées en janvier 2026.

L’écloserie chartraine est portée par la SCAEL. La société coopérative agricole qui regroupe 1 800 agriculteurs essentiellement des céréaliers a investi 3 millions d’euros. Un univers éloigné de la pisciculture mais la coopérative parie sur la polyculture pour diversifier les revenus des exploitants agricoles. « On l’a déjà fait sur la lavande, sur du fenouil. Cette fois-ci on le fait sur l’aquaculture. Qu’on soit à Chartres, dans le sud de la France où en Norvège, ça ne change pas grand-chose comme il s’agit d’aquaculture hors sol » argumente Jean-Sébastien Loyer, le directeur général.

30 % plus cher

Une vingtaine d’agriculteurs de la Beauce seraient déjà partants pour expérimenter le modèle développé par l’ingénieur Olivier Soulas, directeur des opérations, qui s’est concentré sur une solution abordable. « On a voulu faire une technologie low-cost avec des bassins qui ne coûtent rien du tout. On est sur une réalité de production. Le but n’est pas de faire du beau ou du clinquant, c’est du pragmatique, ça doit cracher du poisson ».

Un poisson premium vendu en moyenne 30 % plus cher qu’un label rouge ou un bio. Le prix de la sécurité, et du made in France.

No comments yet.

Back to feed