Dans l’hémicycle, ce mercredi, le ton est monté une nouvelle fois au Conseil de Paris. « En 2025, des professionnels censés protéger un enfant ont rasé les cheveux d’un enfant accueilli au foyer Jenner », a d’abord rappelé Anne Hidalgo face aux élus. Une introduction pour rappeler son indignation avant des débats houleux, après que cette affaire ait été dévoilée et secoue l’Aide sociale à l’enfance (ASE, anciennement DDass) parisienne.
Le débat sur le vœu adopté par les élus – portant notamment sur le renforcement des formations et la transmission à la justice des conclusions de l’inspection – a cristallisé les tensions. Si le texte a été voté, il a suscité une avalanche de critiques de la part de l’opposition, qui a fustigé la gestion de l’ASE par la Ville, dont c’est la compétence.
Anne Hidalgo reconnaît des faillesEn préambule donc, la maire de Paris n’a pas éludé les responsabilités mises en cause. « Il y a eu des dysfonctionnements au sein de l’administration », a-t-elle admis, regrettant que « des informations aussi graves » n’aient pas été remontées aux élus.
« Moi-même, ainsi que les élus concernés, avons découvert ces faits par voie de presse », a-t-elle insisté, avant de rappeler que la Ville avait saisi le parquet dès le 9 décembre et lancé une inspection conjointe avec la Protection judiciaire de la jeunesse.
L’opposition hausse le tonPas de quoi rassurer l’opposition de droite, remontée. C’est Nelly Garnier (LR), proche de Rachida Dati (LR), qui a été la plus incisive.
« Vous ne pouvez pas dire que vous ignorez l’existence de la maltraitance, de la prostitution, des viols ou de la toxicomanie dans les foyers que vous financez », a-t-elle asséné. L’élue a révélé avoir échangé avec un avocat défendant des familles, qui lui aurait confié avoir « 50 dossiers ouverts actuellement pour de la prostitution de mineurs au sein des foyers de l’ASE parisienne ».
Avant cela, Delphine Bürkli (Horizons), maire du IXe arrondissement, ne s’est pas non plus satisfaite de cette prise de parole d’Anne Hidalgo.
« Vous expliquez ce qu’il faudrait faire après sans jamais clarifier ce qui s’est passé avant, a-t-elle reproché. D’autres faits ont-ils été dissimulés, minimisés, ou simplement non portés à la connaissance de notre assemblée ? »
L’opposition a également reproché à la majorité actuelle une « délégation massive » des compétences sociales. Sur les 102 établissements de l’ASE, seuls 13 sont gérés directement par la Ville, les 88 autres étant confiés à des associations.
« La Ville a perdu sa capacité à contrôler les établissements relevant pourtant de sa compétence », a critiqué Véronique Bucaille du groupe Les Républicains, Les Centristes. La droite du Conseil de Paris a même réclamé la démission de Dominique Versini, nommée défenseure des enfants il y a deux semaines à peine, jugée insuffisamment indépendante puisqu’elle était l’adjointe d’Anne Hidalgo en charge de la protection de l’enfance.
« Ignoble instrumentalisation »Face aux attaques, Patrick Bloche, premier adjoint de la maire, en charge de ce dossier après le départ de Dominique Versini, n’a que peu gouté à ces attaques.
« Il est ignoble d’instrumentaliser ainsi la situation et ce qu’a subi ce jeune enfant », a-t-il répondu. « Le problème de l’aide sociale à l’enfance est avant tout un problème national », a-t-il ajouté, reprochant à l’État de « fuir ses responsabilités sur le dos des collectivités territoriales ». L’élu a également assuré à l’opposition que : « nous n’avons rien à cacher, vous aurez ce rapport », en référence au travail de l’inspection générale qui avait enquêté sur l’ASE avant que cette affaire ne soit dévoilée.
Pour rappel, en février dernier, un enfant de 8 ans placé au foyer Jenner, dans le XIIIe arrondissement, a été rasé par des éducateurs qui ont filmé et diffusé la scène sur WhatsApp, prétextant la présence de poux.
Révélée par Franceinfo début décembre, l’affaire a conduit à l’ouverture d’une enquête pour « violences volontaires sur mineur de moins de 15 ans par personne ayant autorité ». La Défenseure des droits, Claire Hédon, s’est également autosaisie du dossier.
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