Depuis plusieurs mois, les deux immeubles de « La douane », ainsi que les surnomme la population, sont au cœur d’un bras de fer entre leur propriétaire et la municipalité de Bouzonville.
La commune mosellane a pris une décision aux conséquences spectaculaires pour les 28 occupants des deux bâtiments des 20 et 22, rue de Benting : depuis le 19 septembre, un arrêté, apposé dans les halls d’entrée, stipule noir sur blanc que « l’obligation de payer le loyer est suspendue ». S’adressant aux locataires, le maire Armel Chabane précise par écrit que « cela signifie que vous n’avez plus à payer le montant du loyer à votre propriétaire jusqu’à ce que les travaux soient terminés et que l’arrêté soit levé ». Le paiement des charges locatives, lui (eau, gaz, électricité) reste à la charge des occupants.
« Des occupants qui ne respectent rien »Cette situation fait suite à un long conflit entre la mairie et le propriétaire en raison d’un « danger lié aux équipements communs ». La collectivité appuie son argumentaire sur les constatations d’un cabinet d’architecture (février 2024), suivi d’un chiffrage des mesures prescrites par les experts. Considérant « l’insuffisance de réponses du propriétaire », la mairie constate « la persistance des désordres mettant en cause la sécurité physique des personnes ». Portes coupe-feu, détecteurs de fumées, extincteurs, éclairages de sécurité : l’arrêté mentionne de nombreux points litigieux, sans oublier un « local technique très dégradé, aménagements bricolés non conformes aux règles de l’art », ainsi qu’une « mauvaise ventilation » et une « absence d’identification des tuyaux de gaz ».
Le maire Armel Chabane poursuit : « Voilà plusieurs années que nous l’avons invité à effectuer les travaux. Malgré les promesses, rien n’a été entrepris. Moisissures et prises électriques défectueuses : ce que racontent certains locataires et des familles avec enfants fait froid dans le dos » dénonce-t-il. Le pôle de l’Habitat indigne a été contacté et un signalement a été adressé au procureur de la République.
Du côté du gérant, on conteste point par point les accusations et on renvoie la faute vers « des occupants qui ne respectent rien », coupables d’un « manque de savoir-vivre » favorisant le désordre et la saleté. « Le propriétaire a fait le choix du cœur en acceptant au départ une population peu argentée. Mais à l’arrivée, on vient le lui reprocher », estime un proche du gérant. « Certains locataires sont en place depuis 18 ans, situation objectivement incompatible avec l’existence d’un danger immédiat », précise le propriétaire ajoutant qu’« aucune mesure d’évacuation ni arrêté de péril n’ont été pris », mais que « des travaux importants d’amélioration ont été réalisés ».
« Les rats sont nombreux »Arguments auxquels s’opposent plusieurs occupants. « Aujourd’hui, ce sont les rats qui nous tiennent compagnie » dénonce Linda, une locataire, dans « Le Républicain Lorrain ». « Quand je passe à proximité de la cave, je fais vite… », poursuit Michel Muller, un autre locataire. « Certes, les poubelles à l’extérieur peuvent être le fait de personnes indélicates. Mais les problèmes de moisissures dans les logements sont fréquents. Pour ma part, je n’en suis venu à bout qu’en aérant énormément, tout en chauffant au maximum. J’ai un peu l’impression de chauffer les oiseaux… »
Le propriétaire entend vouloir dénoncer l’arrêté municipal devant le tribunal administratif. Il a pour l’instant adressé un courrier gracieux pour demander l’annulation de l’arrêté. Selon lui, la mairie aurait contribué à provoquer cette dégradation de la situation, « car elle voulait acheter mes immeubles », assure-t-il. Intention totalement démentie par le maire Armel Chabane qui a fixé un délai de six mois pour que les travaux soient réalisés.
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