Faire croire ou non au Père Noël à ses enfants est-il une question de milieu social ?

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« Quand et comment révéler à son enfant que le Père Noël n’existe pas ? », s’interrogent de nombreux parents. Si la réponse est propre à chacun, elle pourrait varier grandement en fonction du milieu social d’origine. Car les inégalités sociales s’invitent dès la grande section de maternelle, constatent les sociologues Géraldine Bois et Charlotte Moquet, derrière une enquête publiée dans l’ouvrage « Premières classes. Comment la reproduction sociale joue avant six ans ».

Premier constat des sociologues : tous les parents considèrent que l’enfance est un âge où les plus petits doivent pouvoir rêver et s’émerveiller, à l’abri des préoccupations des adultes. Beaucoup cherchent donc à protéger leur progéniture des événements violents, en évitant certains sujets ou en contrôlant l’accès aux réseaux sociaux.

Mais cette volonté de préserver les enfants ne s’exprime pas de la même façon selon le milieu social d’origine, relèvent les sociologues. Et les attitudes face au mythe du Père Noël le montrent bien.

Des choix éducatifs socialement différents

Ainsi, les parents des classes populaires cherchent plus souvent à maintenir l’enfant dans un univers protégé. Quitte à multiplier les stratégies pour retarder la découverte de la vérité. Lutins farceurs, proche déguisé en Père Noël, aide des aînés… Tout est bon pour continuer de faire rêver les plus jeunes le plus longtemps possible, s’ils peuvent le faire.

À l’inverse, les classes moyennes et supérieures encouragent davantage leurs enfants à interroger la réalité, certains parents se disant même gênés par le mensonge. Sans révéler explicitement la vérité, ils encouragent le doute et valorisent le raisonnement. Dans ces familles, le Père Noël devient un sujet d’apprentissage pour développer l’esprit critique, valorisé plus tard dans la scolarité.

Ces différences soulignent « que, si la façon dont les parents pensent l’enfance et agissent à l’égard de leur enfant a des effets sur son éducation, ces représentations et pratiques des parents sont elles-mêmes le fruit d’une socialisation antérieure, notamment familiale », notent Géraldine Bois et Charlotte Moquet, dans un article publié dans The Conversation.

Quoi qu’il en soit, le détachement avec le mythe du Père Noël se produit avec l’âge. Entre six et huit ans, « ils développent des compétences cognitives qui vont avec la mise en doute des croyances, des idées reçues, et ils commencent à se comparer aux autres », nous expliquait Virginie Piccardi dans un précédent article détaillant les manières de lever le voile sur le mythe du Père Noël.

Et que faire quand l’enfant ne veut plus croire au bon samaritain qui passe déposer les cadeaux sous le sapin ? Les parents « peuvent lui dire qu’il a raison », nous indiquait Agnès Florin, psychologue et professeure émérite de psychologie de l’enfant à l’université de Nantes, en conseillant d’insister sur les valeurs de Noël. Car le Père Noël incarne avant tout le partage, la générosité et la convivialité.

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