La militante antiraciste et féministe Rokhaya Diallo a protesté ce mercredi 24 décembre contre une caricature publiée par Charlie Hebdo la montrant en Joséphine Baker, ceinture de bananes à la taille. Un dessin qu’elle a jugée « raciste », ce que le journal satirique a nié en l’accusant de « manipulation ».
« Ce dessin hideux vise à me rappeler ma place dans la hiérarchie raciale et sexiste », a écrit Rokhaya Diallo sur le réseau social X, en estimant qu’il s’inscrivait « dans le droit fil de l’imagerie coloniale ». Charlie Hebdo est « incapable de confronter les idées d’une femme noire sans la réduire à un corps dansant, exotisé, supposément sauvage », a-t-elle dénoncé.
« Une manipulation », répond le journalDans le droit fil de l’imagerie coloniale, Charlie Hebdo incapable de confronter les idées d’une femme noire sans la réduire à un corps dansant, exotisé, supposément sauvage.
— Rokhaya Diallo (@RokhayaDiallo) December 24, 2025
Ce dessin hideux vise à me rappeler ma place dans la hiérarchie raciale et sexiste.
(via @catboychevik) pic.twitter.com/EGXYyoVSWK
Sur le même réseau social, Charlie Hebdo a fait valoir que ce dessin, signé de son directeur Riss, illustrait un article d’un hors-série « sur les fossoyeurs de la laïcité », intitulé « Rokhaya Diallo, la petite fiancée de l’Amérique ». « Chacun pourra ainsi lire que nous y dénonçons les positions de l’essayiste contre la loi de 1905, qu’elle a toujours condamnée en lui préférant la culture communautariste américaine », avance Charlie Hebdo.
« Y voir une référence raciste est une manipulation dont elle nous a malheureusement habitués », écrit le journal, en accusant la militante d’assigner « chacun à son origine ethnique et religieuse, contre l’universalisme républicain ».
À l’inverse, Rokhaya Diallo estime que « la référence à Joséphine Baker (est) précisément ce qui est raciste », soulignant qu’il n’y a « aucun lien » entre elle et la chanteuse et déplorant « le choix de la référence à cette tenue exotisante plutôt qu’à son uniforme ».
Une « image violente, qui véhicule une vision raciste et coloniale »« Au lieu de présenter des excuses, Charlie Hebdo noie le poisson et m’incrimine en prétendant que j’ai toujours condamné la loi de 1905. Mensonge évidemment », martèle Rokhaya Diallo en réponse au journal. « Vous pouvez associer ce dessin à n’importe quel texte il suintera toujours le racisme », résume-t-elle.
L’essayiste a reçu mercredi le soutien d’un grand nombre de responsables de gauche. Olivier Faure, le patron du PS a dénoncé dans le dessin « l’imagerie des expositions coloniales, celle des zoos humains a la vie dure ».
« Quelle image violente, qui véhicule une vision raciste et coloniale. Et si la caricature est un droit, elle ne s’exonère pas de la critique », a abondé l’écologiste parisien David Belliard. De nombreux élus insoumis ont également apporté leur soutien à l’essayiste. « Comme Minute, comme Valeurs Actuelles, Charlie Hebdo prépare les crimes racistes à venir », a dénoncé la députée LFI de Paris Sarah Legrain.
Charlie Hebdo, dont la rédaction a été décimée par un attentat islamiste en 2015, et Rokhaya Diallo se sont déjà affrontés par le passé autour des notions d’universalisme et de laïcité, qui fracturent idéologiquement la gauche française.
No comments yet.