« Kais, c’est le plus intelligent de la section. Avec lui, on a l’impression de discuter avec un adulte. » Dans la voix de Toufik Gouijane, coach et créateur de la Salle du Temps à Argenteuil (Val-d’Oise), la fierté se mêle à l’émotion. Derrière lui, la salle de combat bourdonne. En cette période de vacances, une dizaine de jeunes participent au stage multi-sports du club. Si Toufik s’époumone à recadrer le groupe, il n’a qu’un prénom en tête : celui de Kaïs, 7 ans, petit boxeur du club, hospitalisé depuis quelques semaines.
« Kais, c’est un gamin du club, mais surtout un membre d’une famille de boxeurs », résume Toufik. Son père, Aziz, est entraîneur bénévole depuis cinq ans au sein de la salle de sport de combat. Son grand frère, Yanis, 17 ans, est aujourd’hui « l’un des plus grands espoirs de sa génération », selon son ancien coach. Ancien champion de France de boxe anglaise, sélectionné en équipe de France, il enchaîne les tournois, souvent internationaux.
« On ne pouvait pas le laisser porter ça seul »Et puis il y a Kais. Il commence la boxe à 4 ans, « dans les pas des aînés », alors même qu’on lui a diagnostiqué un cancer des tissus mous, une maladie rare. « Même quand il était affaibli, il venait s’entraîner, raconte Toufik. On lui disait de faire la moitié des exercices, il les faisait en entier. Il avait une force mentale que je ne vois même pas chez les grands. Il sort du lot. Le cœur sur la main, jamais égoïste, toujours le sourire malgré la douleur », insiste son coach.
Il y a encore un mois, Kais fréquentait la salle, gants aux poings. « On avait l’impression qu’il tenait bon… et puis tout s’est dégradé très vite. Il y a toujours eu des hauts et des bas avec sa maladie, mais on a compris que c’était grave », souffle Toufik. Hospitalisé en urgence à l’Institut Gustave Roussy, à Villejuif (Val-de-Marne), une méningite cérébrale est diagnostiquée au petit garçon, une maladie incurable à ce stade.
Face à la gravité de la situation, la Salle du Temps s’est mobilisée. Une cagnotte en ligne a été lancée, relayée par les adhérents et au-delà. En sept jours, elle a dépassé les 13 000 euros. « Les médecins ont dit à la famille que ça se compliquait. Alors on a décidé de faire ce qu’on sait faire ici : s’entraider », explique Toufik. D’autant qu’Aziz, le père, « ne demande jamais rien. Il a déjà tellement à gérer : l’hôpital, Kais, et en même temps tous les gamins avec qui il s’investit ici. On ne pouvait pas le laisser porter ça seul. »
L’initiative s’inscrit dans l’ADN du club. « On a déjà ouvert des cagnottes pour aider des familles du quartier, pour un membre du club disparu… Ici, on est au cœur du Val-d’Argent, un quartier difficile, mais avec une vraie solidarité. On a la chance d’avoir beaucoup d’associations, on sait s’occuper de nos jeunes. On leur inculque beaucoup de valeurs », insiste le coach.
« On ne lui donnait pas 48 heures »Au téléphone, Aziz prend le temps de répondre, entre deux allers-retours dans les couloirs de l’Institut Gustave Roussy, à Villejuif, où son fils est suivi. Une chambre a été aménagée pour qu’il puisse rester sur place avec Yanis, l’aîné, toujours là lui aussi. « Je n’arrive plus à fermer l’œil la nuit. Je vis au jour le jour, en fonction de l’état de mon fils », confie le père, la voix serrée.
Kais, lui, garde ses rêves intacts dans son lit d’hôpital. « Il rêve toujours d’être un grand champion de muay-thaï. Il ne sait pas qu’il est mourant… », livre son père, la voix qui déraille. Ses parents se raccrochent à la volonté de leur garçon. « C’est un vrai courageux. Quand on est arrivé à l’hôpital, on ne lui donnait pas 48 heures. Il s’accroche encore. »
Yanis aussi tient comme il peut. Très touché par l’aggravation de l’état de son frère, il a décidé de ne pas rejoindre les rangs du pôle France à Nancy pour rester proche de lui. « Ils sont inséparables. Yanis dit à son frère de se battre, de continuer le combat », raconte le père.
Des messages de champions qui le font tenirAprès l’appel lancé par la salle de sport, la solidarité a dépassé Argenteuil. Sur les réseaux, Nicolas Anelka, Benoît Saint-Denis, Youssef Boughanem, ou encore Marquinhos ont envoyé des messages et des vidéos de soutien à Kais. Le boxeur Milan Prat est venu rendre visite au jeune garçon et lui a même proposé d’offrir sa ceinture de champion d’Europe, récemment gagnée. « Quand Kais voit ces messages, son visage s’illumine. Ça le maintient en vie », assure Aziz. Le petit garçon a un rêve : recevoir une vidéo de Cristiano Ronaldo.
À court terme, la famille espère un retour à la maison, « au plus vite », dès que l’état de Kais le permettra. La cagnotte, elle, servira surtout à apporter « le plus de moments de bonheur » à leur fils et à soulager leur quotidien. « L’argent, on s’en fout. Ce qu’on veut, c’est qu’il passe de bons moments, qu’il soit le plus heureux possible. On continue à croire à un miracle. On prie… et on s’attache à la force de notre fils. Je veux le garder auprès de nous », livre le père.
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