Agressions sexuelles en maternelle près de Nantes : face aux familles en larmes, l’ex-animateur nie jusqu’au bout

7 min

« Qu’il me pardonne », lâche Francine (les prénoms ont été modifiés) en tournant la tête vers Gaspard. L’adolescent est assis sur le banc, à un petit mètre de la barre. Il regarde le sol. « Il n’avait rien demandé lui », poursuit sa mère en pleurs. Dans cette salle d’audience du tribunal judiciaire de Nantes (Loire-Atlantique), les histoires déchirantes se succèdent ce mardi, au deuxième jour du procès de Frédéric S., cet ex-animateur périscolaire poursuivi pour 13 agressions sexuelles sur mineurs. Celle de cette famille en fait définitivement partie.

Car si c’est bien Laure, cette petite fille de 4 ans à l’époque qui est reconnue parmi les victimes dans ce dossier, Gaspard, son frère, est une victime « par ricochet », comme l’évoque sa mère. Il avait 9 ans quand il a vu le comportement de sa petite sœur alors scolarisé en moyenne section à l’école Ouche-Dinier à Rezé, changer. Il a assisté à ses crises de colère, à ses terreurs, à son hypersexualisation. « Elle parlait souvent du sexe de son frère, le comparait », raconte la mère de Laure. « On a essayé de discuter avec l’école pour comprendre, mais on est rentré dans une relation conflictuelle. »

À l’époque, parents et équipe enseignante ne se comprennent plus, à tel point que l’école consciente de la détresse de Laure est persuadée que le problème vient du foyer. L’enseignante de la petite fille finit par réaliser à un signalement à la protection de l’enfance, et Gaspard est incriminé.

À 9 ans, il a été accusé du viol de sa petite sœur. « Il a comparu devant le juge des enfants, à l’étage, insiste la mère de famille en évoquant le tribunal de Nantes. Le même devant lequel, depuis ce lundi, Frédéric S. comparait. « Ce jour-là, on lui a demandé qu’est-ce que tu as fait à ta petite sœur ?, souffle la mère de famille. Et moi j’ai douté de lui », s’effondre Francine.

« J’ai eu le sentiment terrible de l’avoir poussé dans l’école d’à côté »

Il y a de la douleur, de la colère mais aussi beaucoup de culpabilité dans les témoignages de ces parents. Des parents qui se sentent responsables de ne pas avoir vu avant, de ne pas avoir signalé des faits de manière suffisamment appuyée ou même pour certains d’avoir jeté leur enfant dans la gueule du loup. « Quand ma fille est allée au périscolaire, et que j’ai vu arriver Frédéric, j’ai dit à ma fille : je le connais, tu peux y aller. En disant cette phrase, je ne pensais pas que j’allais lui faire vivre l’enfer », lâche Nicolas avant de craquer. Sa femme, en pleurs, le reprend. « Ce n’est pas de ta faute, c’est celle de Frédéric. »

Avec ses mots la présidente de la 15e chambre correctionnelle, Cécile-Charlotte Lepage tente elle aussi tant bien que mal de remettre l’église au centre du village, mais rien n’y fait. « J’ai eu le sentiment terrible d’avoir poussé Frédéric S. dans l’école d’à côté », s’étrangle la maman de la collégienne à l’origine du premier signalement, dès septembre 2024.

À la suite de cette main courante — et alors qu’une enfant de 11 ans venait de raconter que l’animateur périscolaire de 54 ans l’avait embrassée à travers un grillage — la mairie de Rezé a décidé que les éléments n’étaient pas suffisants pour le suspendre. Il a été transféré dans une école voisine. « Quand j’ai su ce qu’il avait fait, ça a été vraiment source de culpabilité », poursuit cette maman. « Vous avez fait le signalement Madame », la rassure la présidente.

Mais ce sentiment est prégnant chez tous les parents et les proches des 13 victimes. À l’inverse, Frédéric S., lui, ne semble pas touché par la culpabilité, il parle de souffrance, de sa souffrance, mais il le répète il n’est pas responsable de ce que ces parents viennent raconter à la barre, tour à tour.

Des « grands ongles » et des « méchants »

Du « camion dans la gueule » que s’est pris Kessy lorsque sa fille lui a raconté un soir de mars 2019 qu’elle aimait qu’on lui fasse des guilis sur le clitoris. De l’encoprésie (une forme d’incontinence fécale) de retour chez cette petite fille de 11 ans depuis qu’à la maison on parle de l’imminence de ce procès. Des larmes de cette grande sœur qui a décidé à 9 ans qu’elle n’avait plus le droit de pleurer « parce que le problème de sa sœur était plus grand ». De cette fillette de 4 ans au comportement hypersexualisé qui s’est mise à chercher des images pornographiques sur l’IPad familial. De ces papas associés à l’agresseur et qui vont être rejetés par leurs filles pendant « plusieurs années ». De ce couple qui a fini par divorcer, incapable de surmonter cette épreuve. De ce petit garçon qui dans son sommeil continue de crier « Non, arrête ». La liste est si longue.

Mais des témoignages de ces parents, il n’est pas seulement ressorti de la détresse et de la culpabilité. Ils ont aussi mis en lumière des similitudes. Des traits communs entre les récits de ces tout petits enfants qui pour beaucoup n’étaient ni dans la même classe, ni du même niveau et ni parfois pas de la même école. Ces « grands ongles » que ces enfants ont raconté avoir sentis dans leurs fesses ou dans leur sexe, ces bisous que Frédéric S. leur imposait, ces « secrets » qu’il leur faisait jurer de ne pas révéler, ces « méchants » qui allaient venir faire du mal à leurs proches si jamais ils le trahissaient. Des éléments qui n’ont pas manqué d’être soulignés par Me Marie Grimaud et Me Rodolfo Costantino, les avocats de 10 des victimes parties civiles, mais aussi par le procureur de la République, Yvon Ollivier qui a requis 5 ans de prison ferme à l’encontre du prévenu.

Mais ces similitudes, Frédéric S., lui ne les a pas entendues. Il n’a pas craqué. Il a tenu bon. Il s’est accroché à sa version. Après plus de 4 heures à entendre les histoires de ces familles et de ces enfances fracassées, l’animateur aujourd’hui âgé de 60 ans s’est levé, approché de la barre et a répété ce qu’il répète depuis le début de ce procès. « Je suis innocent de tous les faits qui me sont reprochés. »

Ce sera au tribunal d’en décider. Alors que ce mardi, l’audience s’est terminée à 23h15 passé, le tribunal a mis la décision en délibéré. Elle sera rendue le 22 janvier prochain.

No comments yet.

Back to feed